Discours sur la Liberté de Panorama en Belgique

Ce vendredi 15 juillet 2016 entrait en vigueur la loi sur la Liberté de Panorama en Belgique.

À cette occasion, Wikimedia Belgium a organisé une cérémonie à l’IRPA (Institut Royal du Patrimoine Artistique) en présence de 2 députés qui ont fait passer la loi.

J’y ai donné un discours en français, que voici dans son intégralité.

Elle est retrouvée – Quoi ? La liberté !

 

Elle est retrouvée – Quoi ? La liberté ! La liberté de saisir, de capturer, d’impressionner, au sens photographique du terme, notre environnement, notre vie, notre quotidien. La liberté de s’approprier, de faire sien, de rendre compte de la réalité qui nous entoure : ces rues que l’on parcoure chaque jour, ces sculptures que l’on croise chaque nuit, ces peintures qui nous saluent chaque matin, ces édifices tous chargés d’histoire qui nous regardent du haut de leurs fenêtres, il nous est permis, enfin, de les capturer, de s’en emparer, de se dire : « cette maison que je regarde, cette sculpture qui me fascine, cette gare que j’emprunte chaque jour et qui forge mon quotidien, ma réalité, mon monde ; cette tour où je travaille, cette église qui m’inspire, ce musée aux formes futuristes, je peux dorénavant les faire miens. Leur image m’appartient désormais et désormais, leur image appartient à tous. »

Je suis libre désormais de m’approprier les images du monde qui m’environne, de les transmettre, de les partager, de les publier, de les étudier, de les diffuser, de les vendre, de les donner, de les représenter, de les exposer, de les performer, de les peindre, de les esquisser, de les coller sur chaque mur de ma maison si cela me chante, car elle est retrouvée, la liberté de panorama !

Je suis libre, vous êtes libres désormais de faire rayonner l’image de votre quartier, de votre ville, de votre région, du pays tout entier. De faire découvrir, au fin fond d’un autre continent, la grâce des façades de Victor Horta, l’architecture pixelisée du MAS d’Anvers, les courbes élégamment ciselées du Old England sur le mont des Arts, le plus grand ascenseur à bateau du monde à Strépy-Thieux, la gare des Guillemins de Liège, l’église Notre-Dame-des-Dunes de Koksijde, le mémorial du Mardasson à Bastogne, la sculpture de Charles Buls et de son chien à Bruxelles, et toutes les œuvres qu’il m’est impossible de citer ici.

Plus largement, cette loi questionne les fondements de notre législation sur le droit d’auteur, et nous rappelle que celui-ci est avant tout une construction sociale et culturelle, qui n’est ni immuable, ni indépassable. Elle est le reflet d’une logique et d’une conception du monde. Cette loi nous montre qu’à l’ère du numérique, le concept de droit d’auteur se doit d’évoluer et de s’ouvrir.

Car cette loi n’est pas qu’une simple modification technique du droit d’auteur, qu’une énième obscure évolution du code de la propriété intellectuelle ; cette loi fait de nous tous, dorénavant, les chargés de diffusion du patrimoine architectural belge. En nous offrant la liberté, cette loi nous charge aussi d’une lourde responsabilité : celle de diffuser et de faire rayonner le plus largement possible notre patrimoine culturel immobilier.

Parce que nous sommes convaincus que la diffusion des œuvres d’art de notre pays est nécessaire à la connaissance de notre culture et de notre histoire, et parce que la connaissance a toujours été préférable à l’ignorance et à l’obscurantisme ; parce qu’elle fait de nous des êtres de culture et de progrès, de créativité, d’originalité et d’invention ; parce que chaque artiste trouve son inspiration dans ce qui l’entoure et ce qu’il connaît ; nous sommes convaincus que cette loi est une loi d’intérêt général qui ne peut être que génératrice de progrès social, culturel, artistique et économique.

Elle est retrouvée – Quoi ? La liberté !

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